29/04/2005

quand le passé vous attrape...

J'ai besoin de m'isoler un peu et de venir "parler" ici. Besoin d'écrire, encore et toujours...ça devient un véritable exutoire.
 
On vit ensemble depuis de longues semaines, mais jamais nous ne nous étions réunis pour parler de nous. C'est dur. C'est dur d'entendre les difficultés que chacun d'entre nous a rencontré.
 
Quand on est junkie, y'a un truc qui nous caractérise assez bien, c'est qu'on est persuadé d'être le plus fort, celui qui détient toutes les vérités sur tout et que les autres sont des merdes...même entre nous. Moi quand je suis arrivée, j'étais blindée de ce types de sentiments.
Sandra aussi forcément.
 
Cet après midi, chacun a raconté son histoire, pas comme dans une réunion d'alcooliques anonymes, mais plutot de façon informelle au départ.
Gégé avait préparer une sorte de "gouter de bienvenue " pour Sandra, qui évidemment est arrivée en faisant la gueule.
 
Karl nous as raconté comment il se faisait taper sur la gueule par son beau père, de quelle façon il l'avait mis dehors, comment il avait dû se démerder dans la rue. Cécile nous as raconté comment de l'elève studieuse elle s'était transformée en véritable pétasse parce qu'elle ne supportait plus les moqueries de ces potes de classe, comment elle faisait tout ce qu'il fallait pour passer pour une dure, comment, le plus naturellement du monde la came était devenue son terrain de prédilection, et comment elle y avait sombré, marchandant, ele aussi son corps contre sa dose quotidienne.
 
L'étincelle est venue de Karl..qui s'est mis à pleurer quand cécile et moi avons abordé ce sujet:  la façon dont nous avons pu nous manquer autant de respect en donnant notre corps.
Il a abusé lui aussi de ce système...chacun y trouvais son compte de toute façon...mais il a réalisé ce que cela pouvait signifier comme humiliation...
 
On s'est tous excusés auprès des uns et des autres,et même si dans notre vie d'avant nous ne nous étions jamais vu, le faire nous a permis de transposer ça à tous ceux que nous avions pu influencer, tromper et détruire.
 
Et c'était joli, cette mélée de bras entrelacés et ces larmes qu'on mélangeait tous.
 
Cracher son venin ça fait du bien...
 
Dans ma chambre, j'ai une photo de mon papa et moi. Je dois avoir 10 ans. je suis assise sur ses genoux et on a un regard très complice. Tous les gosses doivent avoir des photos comme celle là...
Mais après les émotions de notre discussion, je n'ai pas regardé cette photo de la même façon...je me suis regardée sur ce cliché et je me suis mise à chercher l'endroit oû le vice avait pu se cacher...je me suis demandé si cela pouvait se voir sur un visage...
Mais je ne l'ai pas trouvé. Le vice n'a donc jamais fait partie intégrante de moi.
 
J'ai rencontré le diable un jour dans ma vie, j'ai fait un bout de chemin avec lui ...mais je suis sure aujourd'hui de ne jamais lui avoir vendu mon âme. 
 
 

20:59 Écrit par emi | Lien permanent | Commentaires (30) |  Facebook |

bienvenue

J'ai accueillie une nouvelle dans ma chambre hier. Elle s'appelle sandra, elle à 19 ans. petit bout femme avec un passé vraiment chaud.
Elle me fait beaucoup pensé à moi quand je suis arrivée. Elle rève de révo, elle envoie chier tout le monde, elle ne veut rien savoir. Je ne m'en formalise pas, je sais que nous le ferons tous changer ensemble.
 
Elle a pris place dans ma chambre. Je ne serais plus seule, mais cela ne m'embete plus. J'ai envie de lui faire partager nos victoires à tous. Je ne lui ai pas demandé pourquoi elle était là...je ne veux pas savoir.
 
Nous lui faisons tous découvrir le centre, les éducs...
 
Pas beaucoup de temps pour moi aujourd'hui...gégé m'a donné des responsablités ! wouahou ...A moi d'organiser la journée char à voile de demain....Ce cenre va t'il devenir un club Mickey ??? je commence à me poser la question serieusement.
 
Les alizées chantent autour de nous, le temps n'est pas franchement à la fête mais ce petit crachin fait du bien...il nous permet de préparer un grand gouter avec les trois groupes réunis. Les membres de mon groupe seront les premiers à partir...nous devons aujourd'hui tous se voir, pour expliquer nos parcours respectifs...
 
Une journée "bienvenue", qui je l'espère très fort, mettra dans le coeur de sandra le baume au coeur que nous souhaitons tous lui donner...
 
"bienvenue chez nous..."

15:31 Écrit par emi | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

28/04/2005

Lettre ouverte à maman

J'aurais pu commencer ce post, Maman, en reprenant les paroles d'une chanson ancienne qui disait "maman, tu es la plus belle du monde, et aucune autre à la ronde, n'est plus jolie que toi..."...Mais je n'en ai pas envie.
 
Je t'ecris cette lettre ouverte parce que je sais que tu viens ici chaque jour pour lire ce que je ne te dis pas...je sais que ton passage est souvent silencieux et je sais que les mots que je dépose ici, parfois te font mal et parfois te rendent heureuse.
 
J'ai envie d'ecrire, justement parce que je ne te dis pas.
Je pense à toi chaque jour qu'il m'est encore possible de vivre.
 
Petite, je me souviens avoir passé de longues heures avec toi dans la salle de bain. Je te regardais te maquiller, j'avais une vraie passion pour ça. Je me glissais dans la baignoire vide, et je te regardais dans la glace. Tu avais toujours ce petit clin d'oeil complice. Je trouvais ça beau, la façon que tu avais de te conseiller toi-meme, et de parfois, me demander mon avis alors que ta décision était déjà prise. Je me souviens de cette fois ou tu avais déjà choisi ta pallette de couleurs mais que tu m'a demandé si cela me convenait. Moi qui répondait toujours "oui maman", ce jour là j'ai dit non. Tu as eu l'air surpris et tu m'a dis "d'accord...alors dis moi donc ce que tu veux !". tu m'as soulevée de la baignoire et tu m'as assise sur le bord du lavabo...
Tu m'as dit "alors, on met quoi ma poule !" (cette façon que tu as de m'appeller "ma poule" d'ailleurs !!!)..
Et j'ai donner le nom de toutes les couleurs que je voulais te voir porter. Certaines étaient vraiment absurdes. Tu m'a même dit à un moment "oh, non, Emi, pas ça ...", d'un ton plein de supplices....Mais tu as joué le jeu...
 
Tu as dû être ridicule ce jour là, maintenant que je connais les nuances...Mais tu as joué le jeu, pour moi.
 
Alors, à mon tour, Maman...fais moi porter les couleurs qui te feront plaisir, je jouerais le jeu, moi aussi.
Fais moi don de tes envies avec moi...j'en ai tellement avec toi.
 
Tu es une maman courageuse, qui n' a jamais baissé les bras, là ou d'autres, pour les avoir connus, l'on fait.
Tu m' a toujours soutenue, malgré mes erreurs et mes actes. Tu n'as jamais cessé de m'aimer très fort. Si fort que c'est sans nul doute, ce qui m'a permis de restée vivante en enfer.
Tu menais ce combat en continuant d'être une maman formidable pour lili, clarisse et Léa, et une mamie idéale.
Tu ne m'a jamais condamnée, jamais accusée, jamais acculée.
 
Tu n'a jamais eu honte, Maman. Alors que mon attitude te permettais de le faire.
 
Tu n'as jamais eu honte d'être ma Maman. J'ai vu tant d'autres comme moi être délaissés par leurs parents, pourtant seule issue de secours parfois.
 
Tu ne m'a jamais jugée.
 Merci Maman. Aujourd'hui c'est cette générosité qui m'habite. C'est ta gentillesse et ta capacité à aimer les gens qui me guident.
 
Tout est devant nous Maman. Maintenant et pour toujours.
 
 
 
 
 

10:04 Écrit par emi | Lien permanent | Commentaires (38) |  Facebook |

27/04/2005

unis

Y'a comme un vent de joie et de bonne humeur au centre...que dis-je ???un cyclone de bonne humeur...
 
A l'origine de tout ça : Karl...qui s'ouvre lui aussi de plus en plus.
C'est le sportif ici, pas une journée sans qu'il aille faire du sport dans le parc. Il parait que ça lui permet de penser. C'est vrai que ceux qui ne le connaissent pas pourraient se dire que c'est tout dans les muscles et rien dans la tête. Il a commencé la muscu en prison et ça lui est plutôt salutaire. Mais c'est quelqu'un de bien. Tout ceux qui sont ici le sont.
 
Karl s'est donc empressé ce matin d'ouvrir le grand volet qui empeche la lumière d'entrer dans le centre. Il s'est arrété devant le tableau et est retourné vite au foyer chercher un crayon. Comme si une petite ampoule s'était allumée au dessus de sa tête...on déjeunait nous et on s'est franchement demandé ce qu'il foutait...
Il a posé le stylo sur la petite étagère sur lequel j'ai moi même posé le tableau, et il est parti. Nous on s'est tous regardé l'air de dire "il pète un cable ou koi ???", et on est allé voir ce qu'il avait écrit...
 
"Bientôt ce sera mon tour. Moi aussi je serais libre. Karl"...
 
J'ai souri...envahie d'un bonheur total.
"oui, tu seras bientôt libre aussi " j'ai pensé en le regardant courrir le walk-man sur les oreilles.
 
Et comme dans un élan, ils se sont tous unis à ça...
Chacun d'entre eux passait près de moi et venait noter un mot...c'était surréaliste...comme dans un clip de Gondry...un arrêt sur image pour moi...alors que tout continue autour...comme si j'étais au milieu d'un tourbillon de mouvements.
 
On est tous porté par cette phrase. Il se passe quelque chose au centre. Chacun d'entre nous prend conscience de ses envies et se donne les moyens d'y arriver.
 

"quand tu desires quelque chose au plus profond de toi, l'univers tout entier conspire à te le donner."
Paolo Coelho. L'alchimiste.
 
Merci à tout l'univers.
You know what it feels like in this world.
 
Merci à tout ceux qui, depuis quelque jour font partie de cet univers.
Merci à vous.De notre part à tous.

17:50 Écrit par emi | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

26/04/2005

liberée...


 

Nous ne sommes pas encore libres, nous avons seulement atteint la liberté d'être libres.
Nelson Mandela
 
 
J'ai pris dans l'atelier, une toile blanche, sur laquelle j'ai griffoné au pinceau ces quelques mots de Mandela. Ces mots ont un vrai sens. Je ne suis pas encore libre...mais je vais le devenir.
 
Ma liberté ne s'arrète pas au fait de pouvoir vite, très vite, passer ces portes..Ma liberté passe aussi par le fait d'être libre de ce qui m'a emprisonné dans la prison elle même. Ma liberté passe par le fait de me liberer de la drogue. Ma liberté passe par le fait de liberer mon esprit de tout ce qui peut lui nuire. Ma liberté passe par le fait d'accepter celle que je suis, au travers de celle que j'ai été. Ma liberté passe par le fait d'accepter d'avoir été libérée.
Ma liberté passe par la liberté de chacun de ceux que j'ai pu rencontrer ici, et tout au long de mon parcours dans ce milieu sombre que sont les paradis artificiel.
Ma liberté passe par la liberté de chacun...celle de dire "oui, tu peux essayer ces choses, mais je te le déconseille, parce qu'au lieu de te liberer l'esprit, comme tu va t'en convaincre, tu vas te refermer, tu vas t'enfermer, et tu te feras enfermer."
 
Ma liberté passe par le fait de dire "oui, j'ai été libre d'accepter, oui j'ai eu le choix, j'ai choisi, et je me suis trompée...ne vous trompez pas à votre tour."
 
Parce qu'aucune illusion au monde ne pourra vous donner pareille sensation que celle de savoir que vous serez bientôt Libres.
 
J'attend ce moment depuis 7 ans.
J'attend ce moment où enfin, rien ne sera aussi bon que la liberté.
 
J'ai atteint la liberté de pouvoir être bientôt libre.

Ce tableau a trouvé sa place dans l'entrée du centre.
Ce n'est plus une prison, c'est une porte vers la liberté.


23:27 Écrit par emi | Lien permanent | Commentaires (29) |  Facebook |

y'a comme une envie...

De prendre la route...
Monter dans une voiture, un train, un bus, un métro...
partir...sans trop savoir où...mais avec rien derrière et tout devant...
 
Encore une journée....
 
28 Juillet.
C'est drole, maintenant que je sais ça me parait abstrait.
Le 28 juillet. On fêtera les Samson.
 
J'ai vu l'équipe soignante aujourd'hui. Finalement mon comportement de la semaine dernière aura eu du bon. Ils se seront penchés serieusement sur mon berceau...J'avais besoin de fées, ça tombe bien.
Réunion au sommet chez Gégé, entre eux d'abord...avec moi ensuite.
 
"Comment tu te sens Emi ?
-bien, ça va (dit avec le sourire, j'peux pas leur mentir !)
- bien comment ?
- bah...bien, bien. ça va. je me sens vachement mieux.
- gérard, antoine et nous avons faits un bilan. On est vraiment contents des résultats que tu obtiens. La dernière fois, nous savons que c'était dur pour toi d'entendre que tu d'vais rester encore. Mais tu comprends que notre seul souhait est de ne plus jamais te revoir !
 (ah ah ah de la salle !)
 
- si vous saviez comme moi j'ai envie de vous revoir, dehors, après une fois que ce sera fini.
- on se donne rendez vous le 29 au matin alors ?
- comment ça ?
- le 28 juillet Emi, les portes te seront grandes ouvertes...
 
Inutile de préciser que j'en chiale encore.
 
Je vais sortir. Le 28 juillet. La porte me sera grande ouverte.
 
 
 
 

17:52 Écrit par emi | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

trafiquants de spleen

J'ai très très mal au crane ce matin...
 
Mon retour au centre a été un vrai bon moment...J'ai même eu l'impression de rentrer "à la maison"... si j'avais, au tout début ici, pu imaginer ça une seule seconde, j'aurais p't'être pas perdu de temps à jouer les conasses avec gégé.
 
On est partis discuter avec gégé et antoine dans le bureau...je ne calcule plus le nombre d'heures que j'ai passée la dedans.
Et l'homme qui, il y a quelques semaines n'était que celui qui avait vu l'homme qui avait vu l'ours, m'a profondément touchée.
 
Il m'a appris que quand je suis arrivée ici, il savait que j'arrivais du milieu carcéral. Mais que son job à lui, c'était d'être éduc, d'aider ceux qui en avaient besoin de  se reconcentrer sur eux même et de les sevrer sans trop de douleur, en ayant comme simple motivation d'exister sans tout ça. Il ne savait donc pas ce que j'avais fait, ce qui, appliqué à toute sa carrière, lui a permi de ne jamais juger ceux qui venaient ici.
 
Mais hier à l'audience, il a fallu faire face à ça. Je croyais être la seule à devoir supporter qu'on me remette en pleine gueule mes erreurs, que je ne cherche pas à effacer, mais que je paierai toute ma vie, sans qu'on soit forcément obligé de me les rabacher.
Mais j'étais pas seule. Gégé aussi l'a pris dans la gueule. Et c'était de ça qu'il voulait qu'on parle. Il m'a dit ne pas arriver à réaliser que moi, "sale gamine", j'ai pu faire ou aider à faire de telles chose. Il m'a dit que j'étais vraiment très très loin de tout ça. Que ce qu'avait dit le juge l'en avait convaincu.
 
Gégé, si tu lis ça aujourd'hui : merci et plus encore...et pis finalement j'aime bien ta gueule. 
 
Le centre est divisé en plusieurs groupes, 3 exactement. Je fais partie du groupe 1. On est regroupé soit par tranche d'ages, soit en fonction du degré de dépendance aux cachets.
Et hier soir, le groupe 1 à eu le privilège du foyer toute la nuit (ou presque).
Apéro, musique, Karl s'est éclaté comme jamais à nous faire danser. C'est un ancien DJ, enfin il bossais beaucoup en boite et bar je crois. Même gégé à dansé. C'était excellent. Moi je me suis même surprise à donner des conseils à antoine sur certaines des discussions que j'avais pu avoir avec eux sur leurs attentes et leurs motivations...
 
J'ai eu ma dose de bonheur....Le téléphone pleure à chaque fois que je raccroche. Mais c'est bon. C'est du Zen en snack....
 
Et seule dans ma chambre, pour cloturer enfin cette journée hallucinante (oui oui c'est bien le terme), j'ai fait marché un tout petit peu mon cerveau de blonde....j'ai pensé.
J'ai rangé mon cafard dans l'armoire à souvenirs.
Je ne suis pas habitée par l'esperance, mais pourquoi ne pas l'avouer, je me sens mieux. J'ai l'impression d'être convalescente. Mon mental ne m'oblige pas à croire en Dieu, de toutes façon Dieu aime les nantis. Sa compassion et sa miséricorde correspondent au montant du dernier culte. Une bête n'implore pas la justice divine car elle n'en a pas les moyens. Ici je suis tranquille, seule avec mes envies...
 
Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas.

09:43 Écrit par emi | Lien permanent | Commentaires (23) |  Facebook |